JOHN WAYNE, un homme au double visage

INTRODUCTION

Incarnation de la vérité, porte drapeau du patriotisme à l’Américaine, loin d’Hollywood, John Wayne se révèle sensible et vulnérable.

Témoignages de soldats à qui l’on passe le film « Iwo Jima » avec John Wayne, pendant leur instruction :

1) Je suis le soldat Rider, je viens de Nashville dans le Tennessee, quand je regarde un film de John Wayne, j’ai l’impression de comprendre ce que c’est que d’être Américain.

2) Soldat Kerney, Alamo, Californie. J’adore ce film, je l’ai vu au moins dix fois. Un jour je me suis dis « Tiens, pourquoi pas m’engager dans la marine ».

3) Soldat Preston , Ocean side, Californie. John Wayne est un véritable modèle pour moi. J’ai grandi avec lui. Iwo Jima par exemple, c’est un film renversant.

4) Je suis le soldat Roland, je viens de St Louis dans le Missouri. Pour moi, John Wayne est un héros Américain. Dans ce film (Iwo Jima) Il exprime parfaitement les valeurs et les idéaux de sa compagnie : l’honneur, le courage et l’engagement.

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Quand on lis ces témoignages, on voit à quel point John Wayne était un symbole aux yeux de beaucoup d’Américains, même si au cour de sa carrière il a été critiqué par un certain nombre d’entre eux.

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Témoignage d’Oliver Stone
Il représentait quelque chose, c’était une personnalité très forte. Pourtant, sa vie est pleine de contradiction. Il symbolise la question ancestral de ce pays, quelle est la manière juste d’agir ? qu’est-on supposé faire ? Malheureusement ce n’est pas si simple parce que quand on regarde la vie de ce genre de personne, le plus souvent elle laisse beaucoup à désirer. En général leur existence sont ambiguës, d’un côté il y a la vie de John Wayne , les services qu’il a rendu à son pays, l’illusion qu’il a créée et de l’autre la vérité

Témoignage de sa dernière femme.
Quand on le regardait, on avait envie d’être un homme tel que John Wayne. Si on était une femme, on voulait un amant comme John Wayne. Si on était une jeune fille, on voulait un père comme John Wayne. Si on était un petit garçon , la même chose car il était tout ce qu’il y a de plus merveilleux et remarquable dans le monde, tout ce que l’on peut souhaiter.

Témoignage d’un de ses amis.
Il n’était pas un cow-boy, il n’était pas originaire de l’Ouest, il n’aimait même pas les grands espaces. Ce qu’il voulait au départ, c’était faire du droit. En fait la légende est partie de rien. John Wayne est devenu un symbole incroyablement fort et il a dû s’y sacrifier, film après film. Il a tout fait pour correspondre à l’image qu’il renvoyait.

John wayne est mort depuis 37 ans, pourtant il reste l’acteur préféré de l’Amérique devant Mel Gibson, Tom Cruise et même Clint Eastwood. Il aura fallu 20 années à l’acteur pour s’élever au rang de star mais lui-même se considérait comme beaucoup plus que cela. Il voulait être le symbole de l’Amérique. Il s’est donné une véritable mission patriotique ce qui lui a value l’adulation de millions de gens mais qui lui a également attiré moqueries et mépris. Le « Duke » , comme on l’a surnommé toute sa vie, a joué des centaines de rôles différents mais en tant qu’homme il voulait que les gens n’en retiennent qu’un seul.

BIOGRAPHIE

John Wayne est né en 1907 dans l’Iowa au cœur du middle West Américain. Fils mal-aimé d’une mère tyrannique, il reçoit d’elle un nom qu’il détestera toute sa vie, Marion Morrison. A l’âge de dix ans il emménage dans une ferme poussiéreuse du désert Californien. L’endroit où il vivait était envahit par les serpents à sonnette et il en faisait des cauchemars. Même plus tard au cour de sa vie, il rêvait souvent de serpents. Je pense qu’il assimilait les serpents à la pauvreté de son enfance et ce genre de cauchemars on n’y échappe jamais tout à fait. (Randy Roberts, auteur de « John Wayne-American »).

Sa mère préférait de très loin son plus jeune fils. Elle a donné à mon père un prénom à consonance très féminine, Marion. Je pense qu’en grandissant il n’a pas eu tout l’amour et toute l’attention qu’il aurait dû revevoir de sa mère. En plus, ce prénom lui a valu pleins de moquerie de la part des autres enfants. Il devait être très angoissé quand il était petit et c’est sans doute de la que tout est parti. (Aissa Wayne , sa fille)

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Sa mère semblait lui en vouloir en permanence, son père lui, l’aimait profondément. John Wayne était tiraillé entre les deux. Tous les soirs des querelles éclataient au sein de sa famille. Marion Morrison n’a jamais voulu être acteur et encore moins cow-boy. Il déteste la vie à la ferme et ne supporte pas les chevaux. Son rêve : devenir avocat. A l’Université il joue dans l’équipe de football mais une blessure lui fait perdre sa bourse scolaire, le rêve s’éloigne. En 1927, le jeune Morrison part pour Hollywood. Pour échapper à la pauvreté il est prêt à accepter n’importe quel petit boulot. Il s’est retrouvé accessoiriste aux studios de la Fox. Jusqu’à l’âge de 22 ans il est passé relativement inaperçu et un jour Raoul Walsh a remarqué ce grand gaillard qui déplaçait les objets avec grâce et aisance. A la surprise générale il a annoncé qu’il allait le faire jouer dans son grand Western épique, The big Trail, la piste des géants,  lui, un débutant de 22 ans et juste parce qu’il avait de l’allure. La plupart d’entre nous ne retiennent de John Wayne que l’image qu’il aura dans sa carrière mais à l’époque il était plutôt jeune, timide et très vulnérable. (Garry Wills, auteur de « John Wayne-The politics of Celebrity ». Marion Morrison, ce n’est pas un nom de meneur d’hommes. Dans la piste des Géants, il incarne un héros de Western, le réalisateur devait donc lui trouvé un nom de scène. Quelqu’un a suggéré le nom d’un héros révolutionnaire: Anthony Wayne, mais ce n’était pas vraiment ça et Tony Wayne , cela ne sonnait pas très bien, John Wayne, ce fût son nouveau nom. Il n’était même pas présent à cette réunion. Il a été rebaptisé John Wayne alors qu’il n’était même pas là. Malheureusement le film a fait un « Flop ». Après avoir joué un cow-boy aux cheveux longs, tout vêtu de daim et d’étrenner son nouveau nom offert par Raoul Walsh, il s’est retrouvé sans emploi et sans nulle part où aller. Il ne lui restait plus qu’à tirer partie de son expérience de cow-boy en jouant dans des films de série B. 

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Sans les séries « B », John Wayne n’aurait jamais fait carrière. C’était de la télévision en quelque sorte. John Wayne tournait des films en cinq ou six jours, trois si il le fallait. Il n’était pas rare qu’il travaille seize ou dix-huit heures par jour. Ils cherchaient des hommes bien bâtis prêts à travailler pour trois fois rien et dans des conditions déplorables, capables de faire ce qu’on leur demandait et John Wayne était un bourreau de travail. Il pouvait faire douze films par an. Les enfants grandirent en le voyant au cinéma presque tous les mois. Il est devenu un membre à part entière de chaque famille.

Pendant presque une décennie John Wayne évolue dans le monde sans pitié de la série « B ». Sa vie privée est tout aussi tourmentée. A 26 ans il épouse Joséphine Saenz, fille d’une riche famille Hispanique. Quatre enfants naissent de leur union mais la ferveur catholique de son épouse exaspère John Wayne. Il se plaint de ne pouvoir embrasser sa femme sans l’autorisation d’un prêtre. John passe de plus en plus de temps à bord du bateau de plaisance du grand réalisateur John Ford. En 1927, Ford l’avait remarqué dans les studios de la Fox. Brillant mais inflexible il deviendra le mentor de John Wayne. C’est John Ford qui sauvera l’acteur des méandres de la série « B ». En 1938, pour un salaire de 3000 dollars, il offre à John Wayne le rôle de Ringo Kid dans un film voué à devenir un classique: « La chevauchée Fantastique ». C’était une entrée très remarquée pour un acteur car même si il n’était encore qu’un débutant, John Wayne crevait l’écran.

Bande annonce du DVD « la chevauchée fantastique »

Témoignage de Charlton Heston
J’ai vu le film quand j’étais gamin, j’allais au cinéma toutes les semaines comme environ 44 millions d’Américains. C’est ce film qui a fait de lui un acteur et une star.

Avec la chevauchée Fantastique, le monde découvre ce héros dont John Wayne allait faire sien. Un héros chevaleresque, courageux, défenseur de la veuve et de l’orphelin dans un monde remplit de dangers. John Wayne était la parfaite incarnation du style du réalisateur John Ford. A maints égards, John Wayne est devenu le père de John Wayne, il est devenu son modèle et John Wayne était son fils préféré. Il adorait le Mexique et la Téquila et le « Duke » buvait. Il y avait un acteur Anglais avec qui il aimait sortir et prendre une bonne cuite. Quand les Etats-Unis sont rentrés en guerre ils étaient sans doute en train de faire la tournée des bars. On arrivait pas à mettre la main sur le Duke, il était introuvable, il était ivre mort quelque part au Mexique.

La guerre met John Wayne face à un choix Cornélien : faut-il s’engager et mettre en péril sa toute nouvelle célébrité ou rester au pays et continuer à tourner. Quand la guerre a éclaté, Wayne avait passé 9 ans à faire des films de série « B » , il commençait à peine à tourner dans de bons films grâce à la chevauchée fantastique sortie en 1939 et il n’avait vraiment pas envie de partir. Il avait attendu très longtemps pour avoir sa chance et il savait qu’il n’en n’aurait pas d’autres. Il a dit à John Ford, je fais encore un film et je pars. Il se cherchait un tas d’excuses pour reculer l’échéance : « J’ai bien les papiers et il faut que je les remplisse mais là, je n’ai pas de machine à écrire, si j’écris mon nom à la main, ils ne vont jamais me prendre ». Il est évident qu’il ne voulait pas partir et tout abandonner. Il ne faut pas oublier que la plupart des grands acteurs avaient déserté Hollywood, Clark Gable était au front, de même qu’Henry Fonda et Tyrone Power. John Wayne s’est retrouvé face à un vide qu’il fallait combler. Une quinzaine de films avec John Wayne sont sortis pendant la guerre. C’est comme cela qu’il est devenu une des étoiles du cinéma.

Cette décision poursuivra John Wayne toute sa vie. Son mentor, John Ford, lui-même Amiral pendant la guerre, ne cessera jamais de lui en faire le reproche. Il été gêné de jouer le rôle d’un soldat, d’un héros Américain alors qu’il n’avait pas fait la guerre. Les gens le prenaient vraiment pour un héros. Pendant sa tournée dans le Pacifique alors qu’il trinquait avec les soldats, l’un deux s’est mis en colère parce qu’il ne s’était pas engagé, il lui a fait quelques remarques bien senties et ça c’est soldé par une bagarre. Heureusement pour John Wayne , ses films donnent l’impression qu’il a remporté la guerre du Pacifique à mains nues. Sa plus célèbre interprétation du militaire triomphant, Iwo Jima, est montrée chaque année aux cadets de la marine et elle fait même partie de leur entraînement.

John Wayne et Aissa sa fille

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En 1949, John Wayne est la plus grande Star d’Hollywood et renoue avec John Ford. Il n’est pas seulement au sommet de son art mais est un train de devenir l’emblème de l’Amérique d’après guerre pleine de confiance. John Wayne lui-même commence à croire qu’il a un rôle à jouer dans le destin de son pays. Sa collaboration avec John Ford lui a appris ce qu’était le mythe Américain. Il était convaincu que l’Amérique est une Nation bien à part, qu’elle a reçu une mission de Dieu et qu’elle est différente d’une autre Nation. Voilà ce qu’était entre autres choses, la vision de John Wayne. Encore une fois, Wayne lui-même, synthétise tout cela, il n’est pas comme les autres et quand il prend la tête d’une cavalerie, ce n’est pas n’importe laquelle, c’est celle qui est sûre de l’emporter.

Commentaire d’Harry Carey Jr., acteur et partenaire de John Wayne dans plusieurs film et notamment « la prisonnière du désert ».
« Wayne était l’élève de John Wayne, personne n’étudiait Wayne aussi bien que lui-même. Il a appris tout seul cette fameuse démarche chaloupée. Une fois il m’a dit qu’il ne supportait pas de se voir dans ses vieux films, il se trouvait emprunté et se plaignait de son pas trop lourd alors il a appris à évoluer avec souplesse et à montrer une certaine prestance.

John Wayne dans la prisonnière du désert

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Commentaire de Charlton Heston :
C’était un homme d’une grâce incroyable. Il y a une scène mémorable dans la rivière rouge, il marche pour aller retrouver son fils, il se fraye un chemin à travers le bétail et John Highland tente de le provoquer en duel, il fait volte face, dégaine , tire et poursuit son chemin. C’est un mouvement d’une fluidité remarquable et je ne connais aucun autre acteur capable de faire cela. Baryshnicov oui, mais il n’aurait pas été très crédible dans ce rôle. John Wayne avait vraiment la grâce d’un danseur.

Commentaire d’Oliver stone :
C’était une démarche très travaillée. Il avait également une manière bien à lui de regarder en coin et de se positionner dans l’espace et son langage corporelle en disait plus long que des pages et des pages de dialogues. Il avait un regard très particulier, une gestuelle qui n’appartenait qu’à lui un peu comme Cary Grant dans un genre beaucoup plus sophistiqué. Je pense que Wayne évoquait une Amérique honnête, ce qui n’est pas forcément la réalité mais en tous cas c’est ce qu’il évoquait. Il incarnait l’homme franc du collier, direct du commun des mortels en opposition par exemple à l’élite britannique, Laurewce Olivier incarnait le méchant et John Wayne le gentil parce qu’il parlait un Anglais simple. 

Il retroussait son pantalon pour que l’on voit bien son jeu de jambes et il portait des chemises militaires boutonnées en triangle pour mettre ses épaules en valeur. Il s’habillait avec des vêtements sombres qui avaient tendance à l’amincir et qui flattaient sa silhouette. Il renvoyait non seulement l’image d’un homme virile et d’un bon acteur mais de l’avis de beaucoup de gens, l’image de l’Amérique elle-même. Il n’y avait rien de sexuel dans son attitude, rien qu’en le regardant, une femme savait à quoi s’attendre et il n’y avait aucune surprise mais au moins elle était sûre qu’il serait honnête avec elle.

Eté 1955, John Ford et John Wayne commencent à tourner un film dans lequel John Wayne endosse le rôle d’un cow-boy complexe qui est un anti-héros. Un film qui cette fois reflète le côté sombre de l’Amérique. Dans la prisonnière du Désert John Wayne joue le rôle d’Ethan Edwards, un ancien soldat qui passe des années à chercher sa nièce enlevée par les Commanches. Un personnage obsessionnel mue par la haine raciale. Dans la prisonnière du désert l’acteur partage l’affiche avec une autre légende, le paysage de Monument Valley dans l’Utah. Un site sauvage  dont l’intensité apporte une nouvelle dimension au mythe « John Wayne ». Je pense que John Wayne se sentait plus chez lui que dans sa propre maison. Il se fondait parfaitement dans ce décor, aucun autre acteur ne correspond à ce pays que John Wayne.

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Commentaire de Billy Yellow, figurant indien de ce film.
Il nous étonnait à chaque fois. Il tombait de cheval sur commande. Il maîtrisait parfaitement sa monture et il faisait en sorte que le cheval tombe au moment propice, juste devant la caméra.

Quand il ne tourne pas, John Wayne s’adonne à des divertissements purement masculin. Il apprécie particulièrement le poker et la pêche aux marlins, un environnement dans lequel les femmes sont rarement les bienvenues.

Commentaire de Maureen O’Hara actrice
Le Duke était un homme machiste au tempérament de feu et bien avant l’émergence des mouvements féministes, j’étais une irlandaise machiste au tempérament de feu. Il n’a jamais eu besoin de me traiter comme une femme. Il avait coutume de dire, en général, je préfère la compagnie des hommes sauf pour Maureen O’Hara, c’est le type le plus sympa que je connaisse.

Commentaire de Harry Carrey, Jr.
Quand le Duke a découvert que j’avais arrêté de boire c’est comme si j’avais renoncé à ma virilité. Pour lui on aurait dit que l’on m’avait ôté mon côté Macho et ça l’a mis dans une rage terrible. Boire pour le Duke, c’était comme la chasse au canard ou le tennis, c’était un véritable sport.

C’était un coureur de jupons, il aimait les femmes. John Wayne fini par divorcer de Joséphine. En 1945 il se remarie avec une Mexicaine, Esperanza Baur, « Chata », réputée alcoolique on dit même qu’elle est une ancienne prostituée. Ils n’auront pas d’enfants et leur divorce défrayera la chronique écornant au passage l’image du parfait père de famille qu’entretien l’acteur. En 1952 il épouse en troisième noces une jeune actrice Péruvienne. Avec elle , il trouvera une certaine stabilité sentimentale.

Commentaire de Pilar Wayne , sa troisième épouse :
Je savais que c’était quelqu’un de très connu. Il était beau, grand, très sophistiqué et moi je pensais  » qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire à cet homme ». Finalement, j’ai pris mon air le plus précieux et je lui ai dit: « Mr Wayne, je vous ai trouvé extraordinaire dans pour qui sonne le glas ». Un silence de mort s’est abattu sur l’assistance et je crois bien que l’Amazone s’est arrêté de couler. Je me suis dis « Oh, mon dieu, qu’est-ce que j’ai fais ». Et puis le Duke s’est esclaffé et il a dit « vous me confondez avec mon ami Gary Cooper ». Cela a dû l’intriguer que je ne le connaisse pas et il s’est demandé qui pouvait encore ignorer qui il était.

Photo de John Wayne et sa troisième femme , Pilar

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Commentaire de Aissa Wayne , sa fille :
Elle aimait profondément mon père, cela peut paraître étrange mais elle lui faisait les ongles de pied, elle le dorlotait, l’enveloppait dans des couvertures pour qu’il ai chaud. En fait je pense que c’est ce qu’il recherchait chez une femme.

A de nombreux égards, John Wayne évoluait dans un monde très stéréotypé, un monde très simple et dans ce monde, les femmes d’origine Latine écoutaient leurs maris et ne cherchaient jamais querelle. C’était des femmes de caractère mais elles étaient loyales et soutenaient leur époux. D’une certaine manière elles étaient tout ce que la mère de John Wayne n’était pas, je pense qu’il était attiré par des femmes très différentes de sa mère.

La famille Wayne achète une maison à New-Port Beach, un petit paradis conservateur pour stars et milliardaires dans la banlieue sud de Los Angeles, aux antipodes de la misère de son enfance. L’occasion pour John Wayne de s’adonner à une nouvelle et surprenante passion. Il adorait faire du shopping mais il n’achetait jamais quelque chose pour lui, il achetait pour ses enfants, pour son équipe, pour ses amis, c’était un fanatique des catalogues. Il en recevait vingt ou trente par jour. Le facteur arrivait, ses trois secrétaires triaient le courrier mais ses catalogues étaient rangés dans des boîtes qu’on lui apportait aussitôt. Il avait une petite table de coin et il mettait des petites croix un marqueur à la main. Il mettait ses lunettes, il entourait des articles, écrivait le nombre et le nom correspondant à côté. Il les passait tous en revue.

Commentaire de Aissa Wayne sa fille :
J’ai toujours fait très attention à mon comportement. Je ne voulais pas donner une mauvaise image de mon père. On habitait à deux pâtée de maison de la plage et l’été, tout le monde marchait pieds nus. Un jour, alors que je quittais la maison, mon père m’a dit « Tu ne sors pas sans chaussures », je lui ai répondu mais tout le monde fait cela et il a répondu: « Et bien, pas mes enfants ». C’est quelque chose que je peux comprendre. Il fallait faire attention à ce que l’on faisait et à notre image. Il avait travaillé dur pour en arriver là.

En 1960 John Wayne s’attaque à une légende de l’histoire Américaine, une légende qui colle parfaitement aux valeurs traditionnelles auxquels il adhère. Il cherchait des lieus de tournage pour Alamo, pendant des années il écrivait et réécrivait le scénario, il s’occupait de la distribution. Il s’est passionné pour Alamo plus que pour n’importe quel autre film. C’était un film qui lui tenait à coeur et il avait ce projet en tête depuis dix ans et quand enfin il a pu le faire, il l’a produit, réalisé et a joué dedans. Pour on ne sait quelle raison, Alamo avec ces hommes qui se sacrifient pour la liberté est devenu sa référence en matière de patriotisme. Il était déterminé à faire ce film pour montrer qu’il était capable de restaurer la discipline aux Etats-Unis et c’est à cette époque qu’il a commencé à se plaindre publiquement du manque de fermeté et de solidité qui, selon lui, manquaient dans ce pays. Avec ce film, il a eu une vision grandiose de lui-même et il s’est presque vu sauver l’Amérique.

Alamo sort sur les écrans en octobre 1960. John Wayne part en tournée promotionnelle dans tout le pays mais déjà les critiques égratignent son chef-d’oeuvre. Le magazine News week qualifie Alamo du plus grand film de série « B » jamais réalisé, « B » comme banal. Et comme si cela ne suffisait pas, John Wayne le réalisateur doit faire face à un dépassement de budget de 5.000.000 de dollars. Cela a anéanti ses espoirs de devenir réalisateur. Clint Eastwood, entre autre, est passé naturellement du statut d’acteur à celui de réalisateur, c’était également l’ambition de John Wayne mais après Alamo personne n’a voulu prendre ce risque. A ce moment là il a quelque peu perdu le contrôle de sa carrière. Pour John Wayne, l’échec est dur à encaisser. Son film sort juste au moment où Nixon et Kennedy s’affrontent lors d’une des campagnes les plus serrées de l’histoire des Etats-Unis. Avec son film, John Wayne embrasse la cause Républicaine.

Photo du film Alamo

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Les convictions politiques de John Wayne apparaissent après la deuxième guerre mondiale. Faute de n’avoir pu se battre contre les Japonais, il déclare la guerre aux communistes. En 1948, il devient Président de la motion pictures alliance. Sa mission, purger l’industrie du film des esprits subversifs. John Wayne avait une manière bien à lui d’appréhender ce qu’ils considéraient comme des radicaux dans l’industrie du film, il les appelait et discutait avec eux et il les incitaient à comparaître devant la commissions sur les activités anti-Américaine pour qu’ils avouent ce qu’ils savaient sur les communistes. Ce fût le cas avec Karl Forman, le scénariste du train sifflera trois fois. Il voulait que celui-ci reconnaisse qu’il avait tort. Forman a refusé, pourtant, Wayne s’est souvent vanté d’avoir chassé Karl Forman d’Hollywood. Dans sa tête il en était persuadé.

Commentaire de Fred Zinneman, cinéaste
Petit à petit l’atmosphère est devenu glacial et un climat d’hystérie s’est installé. Les gens ne pensaient plus de manière rationnelle mais cédaient à l’émotion. A cette époque, John Wayne se montrait très passionné, très patriote et son comportement a eu un impact énorme sur beaucoup de gens. Je ne pense pas qu’il avait de mauvaise intentions, ce n’était pas quelqu’un de malveillant. Il avait un bon fond, typiquement Américain.

La guerre du Vietnam confirme les angoisses de John Wayne concernant la menace communiste. Son nouveau projet, « Les bérets verts », est le seul film en faveur du VietNam jamais réalisé à Hollywood. Les années 60 ont été très houleuses. La sensibilité des gens était exacerbée et John Wayne était de plus en plus considéré comme la voix du passé, une impression renforcée par les bérets verts. Les bérets verts prennent soins des enfants, ils offrent du savon, refusent de pratiquer la torture contrairement aux autres. On aurait dit que la guerre du Vietnam n’était qu’une mission humanitaire. A sa sortie, le film a été descendu en flammes par les militaires. Le film a rapporté mais les critiques et certains fans s’en sont beaucoup moqués. 

Commentaire d’Oliver Stone, cinéaste :
Je lui en ai beaucoup voulu après les bérets verts. Ce film l’a rendu très antipathique et malsain à mes yeux. Son point de vue sur la guerre était raciste, simpliste, voire ridicule. Cela remettait en cause tout ce que j’avais vu, ce n’était pas du tout fidèle à la réalité. Quand je suis revenu de la guerre j’ai commencé à le voir autrement que juste comme une star de cinéma, je me suis mis à le detester.

La majorité silencieuse à laquelle Richard Nixon s’adressait, considérait John Wayne comme un héros. Alors les hommes politiques, surtout ceux de droite, ont tout fait pour s’identifier à John Wayne et surtout identifier John Wayne à leur programme.

Photo du film les Bérets Verts

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Commentaire d’Oliver Stone, cinéaste :
certaines personnes se sentent menacées et aiment ce sentiments de menace. Ils estiment qu’il y a des barrières à protéger, et des frontières à defendre. Je pense que nous sommes tous plus ou moins dans ce cas. Mais quand on commence à croire à la mythologie du western et à vouloir prendre un flingue pour défendre son territoire, on devient dangereux. C’est à ce moment là qu’on commence à se chercher un ennemi.

Au cours des années 60, John Wayne se sent de plus en plus dépassé. Il sombre dans la dépression mais il n’ai pas au bout de ses tourments. Mal conseillé il est au bord de la faillite et sa santé elle aussi est loin d’être brillante. Suite à un cancer très médiatisé, il n’a plus qu’un seul poumon et pour couronner le tout, son troisième mariage bat de l’aile.

Commentaire de Pilar Wayne, sa troisième femme :
Les choses ont commencé à se détériorer quand les enfants ont grandi. Le Duke était très vieux jeu et il voulait sa famille autour de lui en permanence. A chaque signature de contrat avec le studio, il fallait que toute la famille soit présente. Alors quand les enfants ont grandi, ils ont eu leurs amis, leurs écoles et leurs propre occupation, ils n’avaient plus envie de l’accompagner et c’était toujours moi qui devait lui annoncer. Cela le contrariait beaucoup. Il disait qu’il travaillait douze heures par jour pour rendre sa famille heureuse et que tout le monde le laissait tomber.

Commentaire de Aissa Wayne, sa fille :
Quand j’étais petite j’étais présente sur tous ses tournages, sauf pour un film dont je ne me souviens plus mais ensuite quand j’ai grandi, je voulais être avec mes amies et je n’avais pas envie d’être au Mexique au milieu des chevaux. Plus grande, c’est devenu dur de le suivre.

Sa femme n’aimait vraiment pas prendre le bateau, elle aimait la terre ferme où elle pouvait peindre 3, 4, 5 heures par jour si elle en avait envie. Ils se sont beaucoup querellé à ce sujet. Il ne voyait pas les enfants grandir et il voulait qu’ils restent petits, elle l’appelait « son homme des cavernes » parce qu’il ne voyait pas que les choses avaient changé. Il n’était vraiment heureux que quand il travaillait sur un film, là, il se montrait très discipliné et attentif. En dehors des tournages il était à la dérive en désaccord avec tout. C’est quelqu’un qui toute sa vie a dû faire ses preuves dans ses films.

Mais à la fin des années 60 John Wayne n’est plus l’incarnation du héros Hollywoodien. A soixante deux ans, c’est un homme bouffi et à bout de souffle. Il allait faire les magasins avec un vieil ami, il lui restait quelques touffes de cheveux sur les côtés et il avait son gros ventre qui dépassait de son pantalon. La première chose qu’il faisait presque automatiquement, c’était acheter des beignets par deux ou trois douzaines à la fois et il les mangeait par poignées entières. Les gens le regardaient et il disait en souriant : « Oui, c’est bien moi, John Wayne ». Mais s’il est capable d’une chose, c’est bien s’adapter. Un an après avoir incarné un farouche héros de guerre pendant les bérets verts, il opère le plus grand changement d’image de toute sa carrière. Il savait user de son image, cette nouvelle orientation était parfaitement calculée et il a su tirer partie de ce que les gens pensaient de lui à cette époque. Il a reçu un oscar pour le film « Cent dollars pour en shériff », juste après.

En 1974, John Wayne accepte une invitation des étudiants de Harvard, pour visiter leur Université, ancien bastion de l’opposition à la guerre du Vietnam. La police a dit que c’était le plus gros rassemblement jamais vu à Harvard. Il avait un sacré cran pour improviser comme il l’a fait. S’il y a bien une chose à laquelle les gens tels que lui ne veulent pas s’exposer, c’est une situation qui risque de les faire apparaître sous un mauvais jour et le voilà sur scène à répondre à des questions pas forcément amicales. Ce qui a fait la différence c’est la dérision et le sens de la répartie dont il a fait preuve. Mais il reste un conservateur de coeur et le libéralisme des années Jimmy Carter le déprime. Il se réfugie de plus en plus souvent dans son ancien chasseur de mines, ses opinions flirts avec l’extrême droite. Il soutient la suppression des territoires indiens et s’attaque au mouvement des droits civils. Il estime que les Américains blancs ne doivent pas céder leur suprématie tant que les noirs ne sont pas plus éduqués. Quand il regardait la télévision, chaque fois que quelqu’un n’avait pas les mêmes opinions que lui, il se mettait à hurler. Une fois, Ted Kennedy faisait un discours et il a pris un objet et l’a lancé sur la télévision. Il était tellement furieux qu’il l’a cassé.

 

Il a commencé à prendre des cours d’Espagnol et il disait qu’il allait vivre au Mexique, « Ce pays est au bord de la rupture, ce n’est pas pour ça que je me suis investi toute ma vie, ce n’est pas ce que j’ai voulu montrer dans mes films ». Il a vraiment sombré dans la dépression et était décidé à aller vivre au Mexique. Mais John Wayne ne réussira jamais à quitter l’Amérique et à abandonner le cinéma. Dans le dernier des Géants il incarne une ancienne légende de l’Ouest qui lutte contre le cancer. Le journaliste George Plimpton a observer le « Duke » pendant le tournage.

Commentaire de George Plimpton, journaliste :
Je pensais qu’il ne me plairait pas, je n’étais pas franchement d’accord avec certaines de ses positions d’homme fort de la droite. En fait c’était un homme très gentil. IL avait beaucoup de sympathie pour certaines personnes, ce que je n’aurai jamais soupçonné. Par exemple, il ne tarissait pas d’éloges pour Montgomery Clift dont le mode de vie était totalement opposée aux valeurs de John Wayne. Clift était homosexuel et avait tendance à abuser de la drogue pourtant Wayne avait une très haute opinion de lui en tant que professionnel. Il avait beaucoup d’estime pour les gens qui étaient professionnels. Il ne quittait jamais le plateau, il connaissait tout le monde et on le voyait toujours plaisanter avec quelqu’un. Quand on l’écoutait parler on n’imaginais pas qu’il était cette figure emblématique de la droite dure.

Dans les années 60 John Wayne se vante d’être venu à bout du cancer. Mais en 1978 celui-ci revient en force et cette fois l’acteur est obligé de s’avouer vaincu. Il savait qu’il avait de gros problème d’estomac et quand il se mouchait, son mouchoir était tout taché de sang mais il ne voulait pas en parler, il ne voulait pas inquiéter sa famille. Il voulait continuer et surtout il ne voulait pas mourir dans son lit. Comble de l’ironie, le cancer de John Wayne a probablement été causé par les deux choses qui lui tiennent le plus à coeur : l’armée Américaine et le cinéma. Plus précisément le tournage d’un film historique tournée à une cinquantaine de kilomètres des sites d’essais nucléaire du Névada. Le film les conquérants à été tourné en 1954 et les essais nucléaire avaient lieux depuis 1951. L’environnement était donc déjà chargé de radiations mais 1954 a vraiment été la grande année des essais nucléaire. Les nuages arrivaient directement sur le lieu de tournage enveloppant l’équipe de tournage et les acteurs. Pendant le tournage ils ont été exposés aux radiations en permanence. Comme beaucoup de villes du désert dans le Sud-Ouest du pays, St George n’a pas beaucoup de verdure pour arrêter la poussière et le sable, c’est un désert, et comme dans beaucoup de désert il y a des tempêtes de sable. N’importe qui risquait de se retrouver contaminé rien qu’en respirant. Beaucoup d’acteurs sont morts depuis, environ les trois quart ont été victimes des radiations. Dans les années 70 des tumeurs solides ont commencé à apparaître, dans le cas de John Wayne, c’était une tumeur à l’estomac.

John Wayne est trop malade pour subir une chimiothérapie mais personne ne pourra l’empêcher de faire une dernière apparition publique. En 1979, il est invité à remettre l’oscar du meilleur réalisateur. A cause du cancer on lui avait enlevé l’estomac. Il voulait tellement y aller qu’il a enfilé une combinaison de plongée sous son smoking pour avoir l’air moins maigre mais c’était terrible parce qu’on le voyait quand même à son visage. Il était très faible et il devait avoir terriblement chaud sous sa combinaison. Tous le monde disait : « plus vite, plus vite, sinon il va tourner de l’oeil », mais non , malgré tout, c’était très dur pour lui. Pendant son discours, il a dit qu’il serait là encore longtemps alors qu’il savait qu’il était mourant mais il voulait sûrement dire par la pensée. Quelques temps après, on lui a remis la médaille du congrès. John Wayne s’éteint trois semaines plus tard, le 11 juin 1979. Il était sous morphine depuis plusieurs mois, il n’était plus vraiment lui. 

John Wayne repose près d’un arbre, sur une colline avec vue sur l’océan. Son fils Michael s’est occupé de tout quand son père est mort et il n’a pas fait graver d’épitaphe sur la pierre tombale pour que personne ne puisse la reconnaître car comme son père était une personne célèbre, il craignait que des gens risquent de profaner sa tombe.

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2 Réponses à “JOHN WAYNE, un homme au double visage”

  1. Denis dit :

    Article très intéressant sur John Wayne, malgré les quelques fautes d’orthographe. Une mini biographie qui ne prend pas parti pour ou contre cet acteur de légende. Assez rare pour être souligné.

    • aufildelhistoire dit :

      effectivement , il doit y avoir quelques fautes d’orthographe , mais je l’avoue, l’orthographe n’est pas mon fort, héhé, même si je me rassure en me disant que je ne fais tout de même pas les fautes que j’ai l’habitude de voir en général sur le net et notamment sur facebook où j’ai un compte, maigre consolation, je voue l’accorde, héhé mais étant un autodidacte et un solitaire je n’ai malheureusement trouvé personne pour me relire et me corriger avant de publier alors j’essaie de le faire moi-même car je fais souvent ce que l’on appel « des fautes d’étourderie » et j’en retrouve parfois que je corrige mais nul n’est parfait. En tous cas merci pour votre commentaire

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