LES ARTISTES PENDANT L’OCCUPATION (par Eric Fournaire)

          Entre 1940 et 1944 , sous l’occupation à Paris, les chanteurs chantaient, les acteurs jouaient, les stripteaseuses se déshabillaient et les cinéastes filmaient. Quelle a été l’attitude de tous ces artistes faces à l’occupant et comment l’occupant s’est-il comporté avec le milieu artistique. Jouissance, futilité, ambition, lâcheté, que n’a-t-on pas dit sur nos chers artistes. Il serait temps de soulever le couvercle de cette marmite fumante pleine de ragots, de faux-semblant et de contre vérité.

Cette période de l’histoire en ce qui concerne les artistes, ainsi que pour beaucoup de personnes, a toujours attirée mon attention et attisée ma curiosité. En effet, peut-on affirmer avec conviction et de façon simpliste sans la moindre réflexion qui a été « collabo » et qui ne l’a pas été, ou bien encore qui a été résistant et qui ne l’a pas été. La difficulté est que, même si nous connaissons les faits grâce aux multiples documentaires sur le sujet et à une connaissance approfondie de l’histoire, nous les analysons avec le recul dû à notre époque, les moyens d’informations que nous avons maintenant, la connaissances des choses dans leurs globalité, mais surtout le fait que nous n’avons pas été confrontés à ce genre de situation. La grande question que nous pouvons nous poser sans être sûr d’avoir objectivement la réponse c’est : « Qu’aurions nous fait à l’époque dans la même situation ».

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          Hiver 1940, pendant que la France patauge dans le froid, on s’amuse bien dans les bunkers de la ligne Maginot avec l’irrésistible « Fernandel », tous en chœurs avec la patriote « Joséphine Baker ». Beaucoup d’artiste sont mobilisés pour aller soutenir le moral des troupes sur la ligne Maginot et le célèbre Momo national (Maurice Chevalier) nous sert ses plus belles rengaines. Puis en quelques jours, les troupes allemandes enfoncent les lignes Françaises et se ruent sur Paris. Juin 1940, la France a été battue par les Allemands qui l’ont envahi et ils occupent Paris avec comme objectif en ce qui concerne le divertissement, que la ville devienne un endroit de villégiature pour les troupes et leurs officiers avant de repartir pour le front car il ne faut pas oublier que la guerre continue.  Dès leur arrivée sur Paris, les vainqueurs se filment avec leur nouvelle pellicule AGFA COLOR. Contraste saisissant avec les reporters français qui filment en noir et blanc, une foule de Parisiens hébétés par l’arrivée des troupes du IIIe Reich.

Il y a une volonté de la part des Allemands d’avoir le contrôle sur à peu près tout ce qui est artistique, cinéma, chanson, théâtre, cabaret etc…. C’est alors qu’ils créent le département du cinéma de la propagande Allemande , dirigé par le Docteur Dietrich. Deux studios ont été réquisitionnés par l’armée, ceux de Joinville le Pont et de Saint-Maurice dans le Val de Marne. Le cinéma d’outre Rhin n’ayant pas un grand succès auprès des français, les occupants et Goebbels en particulier, ne renoncent pas pour autant à controler une industrie riche de promesses. Ils vont prendre un certain nombre de mesures destinées à remettre sur pied la production Française et fondent une nouvelle Compagnie : « La continentale », qui produira des films exclusivement français. La continentale produira 30 films aux budgets parfois important et souvent d’excellente qualité. Par ailleus, avec la saisie de tout ce qui était entre les mains des Juifs, les Allemands vont détenir une part importante de l’industrie cinématographique française, tant en ce qui concerne la production que la distribution ou l’exploitation des salles. Il nomme à la tête de cette Société Alfred Greven. Le but de la continentale était simple : « Notre politique en matière de cinéma doit être identique à celle des États-Unis envers l’Amérique du Nord et du Sud. Nous devons devenir le pouvoir cinématographique sur le continent européen. Dans la mesure où des films seront produits dans d’autres pays, ils devront garder un caractère purement local. Nous avons pour but d’empêcher, autant que possible, la création de toute industrie nationale du cinéma. ».

          De retour de perpignan où elle s’était réfugiée, l’actrice Arletty confie à son ami Sacha Guitry : «  Quand j’ai vu la croix gammée rue de Rivoli, j’ai dû aller boire un coup de rouge ». Et Sacha Guitry lui répondit : « Tant que nous ne pouvons pas les mettre dehors, tâchons de les mettre dedans ».

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          En attendant de les mettre dehors, Guitry n’a qu’un seul désir : ré ouvrir son théâtre, ce qui ne tarde pas. La défense de Guitry quand il fût interrogé par le comité d’épuration à la libération était de dire « Le théâtre, on me l’aurait pris si je ne l’avais pas ré ouvert et il aurait été probablement repris par des sympathisants des allemands ». Dans le même temps , il acceptait l’invitation de Goering, face à face étrange d’un Nazis obèse , soufflé par la morphine, et le roi de Paris boursouflé par son égaux. Espiègle Guitry qui , quand il regarde les soldats allemands défiler au pas de loi sur les champs Elysées, rêve de lancer un ballon dans leurs pieds pour les voir trébucher. Ce qui ne l’empêche pas de déguster le soir même, du Don Pérignon chez Maxims en compagnie d’officiers Allemands.

              En ce qui concerne les acteurs, la situation était donc claire : ou bien ils restaient et continuaient tant bien que mal d’exercer leur métier avec ces nouvelles conditions, ou bien ils partaient essayer d’exercer leur profession dans un autre pays. C’est-ce q’ont choisi de faire certains d’entre eux. Ce fût le cas de Michèle Morgan, Jean Gabin, Marcel Dalio, Jean-Pierre Aumont, Simone Simon pour les acteurs qui sont partis aux Etats-Unis  et de Jean Renoir, Max Ophüls, René Clair, Julien Duvivier, Léonide Mogy… pour les metteurs en scène. Tous sont réfugiés à Hollywood. Le cinéaste Jacques Feyder et son épouse l’actrice Françoise Rosay sont installés en Suisse, Pierre Chenal est parti en Amérique du Sud. D’autres décident de rester en zone libre où seuls les studios de la Victorine à Nice et les studios de Marcel Pagnol sont en activité. A la fin de l’année 40, Pagnol reprend le tournage interrompu de « La file du puisatier ». C’est également à la même époque qu’ apparaissent de nouveaux talents comme Robert Bresson, Jacques Becker et Henri-Georges Clouzot      

          Un certain nombre d’artistes sont dans la logique du spectacle qui continue. Ils y sont encouragés par le fait qu’il y a un gouvernement officiel, celui du maréchal, qui leur dit « nous continuons ». Selon un témoignage d’un journaliste de l’époque, Alain Riou, je cite « Avant la guerre, le cinéma était très « bordélique ». Il avait ses qualités mais il était très désorganisé. Les producteurs tombaient tout le temps en faillite, il n’y avait pas de continuité et il n’y avait pas d’argent. Les directeurs de salles , comme toujours, faisaient la pluie et le beau temps en imposant souvent des films assez stupides. Après l’arrivée des Allemands, il se trouve qu’il nomme à la tête du cinéma français, un personnage assez mystérieux : Alfred Greven, qui est un producteur dans l’âme, qui rêvait de faire de la production de cinéma » et d’après lui, c’est une des raisons pour lesquelles cela à commencer à changer. Guerre 1939-1945. Gala au cinéma Gaumont-Palace. Paris, novembre 1943

   

Le cinéma fera l’objet d’une double censure : celle du ministère allemand de la propagande, et celle du gouvernement de Vichy. Une censure aussi bien morale que politique. Le plan fameux du « Jour se lève » (1939) de Marcel Carné, où Arletty apparaît nue avec une éponge pour toute parure, sera coupé. De même « L’escalier sans fin » (1942) de Georges Lacombe se verra amputé de plusieurs séquences, les censeurs jugeant d’une verdeur excessive cette histoire d’une assistance sociale écrite par l’un des meilleurs scénaristes de l’époque, Charles Spaak. On assiste aussi au boycottage des personnalités notoirement anti-nazis : Jean Delannoy, qui vient d’achever à la veille de l’occupation « Macao, l’enfer du jeu » (1939), un film d’aventures fort anodin, doit retourner toutes les scènes où apparaît Erich von Stroheim : le grand acteur, qui n’a pas caché son hostilité au IIIe Reich, sera remplacé par Pierre Renoir.

 

     

          La censure Allemande annonce qu’elle sera impitoyable sur le choix des sujets. 50 % des films français sont retirés du circuit, la diffusion des films Anglo-américains est interdite et par l’ordonnance du 3 octobre 1940, il est dorénavant interdit aux juifs d’exercer une quelconque profession dans le cinéma. Et bien sûr , pour être embauché dans la nouvelle société de production Allemande, la Continentale, on doit avoir son certificat d’arienneté. Le plus extraordinaire, c’est qu’au cœur même du dispositif allemand, dans la gueule du monstre, il y a un juif car Jean-Paul Lechannoy s’appel en fait Dreyfus, il sera après la guerre un réalisateur de cinéma apprécié et il travaille pour la Continentale. C’est assez significatif de l’ambiguïté de la situation, chacun se sauve comme il peut.

 

          Que pouvait-on attendre d’un cinéma français ainsi muselé ? Et qui, par surcroît, avait perdu certains de ses représentants les plus prestigieux. Entre 1939 et 1940 , beaucoup d’entre eux étaient partis et seul Marcel Carné était resté. On pouvait certes espérer que le cinéma français allait survivre honorablement, en attendant des jours meilleus, mais personne n’aurait osé annoncer l’extraordinaire essor des années 1942 et 1943.

 

       

          Jean Gabin , lui, fait partie de ceux qui se sont exilés aux Etat-Unis. Dans un premier temps, pour fuir la France occupée par les Allemands puis ensuite il s’engagera dans les forces Navales Française Libre pour aller se battre sur le front où il se retrouvera en première ligne. Gabin qui à l’époque est un comédien extrêmement populaire avant la guerre et il va d’une certaine façon ruiner sa carrière car il mettra dix ans à remonter la pente, en choisissant l’exil. Louis Jouvet fait une grande tournée en Amérique Latine avec sa troupe au grand complet, des tonnes de décors et des centaine de costumes. Mais avec la troupe, voyage un drôle d’attaché de presse qui a réquisitionné tous les passeports et qui diffuse partout des photos et des affiches du Maréchal. Est-ce une tournée théâtrale ou un voyage officiel. Il faut dire que Louis Jouvet faisait parti des artistes qui revendiquaient ne pas faire de politique et de continuer à exercer son noble métier de théâtre coûte que coûte. Alors si en plus, cela se passait loin du théâtre des opérations , s’était encore mieux et s’était aussi une forme d’exil mais un peu différente de celle de Gabin. Au travers de cette tournée, le gouvernement de Vichy réalise la principale opération de propagande extérieure avec en parallèle à cette tournée, une tournée des petits chanteurs à la croix de bois. Jouvet c’est le théâtre avant tout, ce qu’il veut c’est jouer, faire vivre la culture française. Les questions politiques ne l’intéressent pas. Comme beaucoup, il accepte de se montrer dans les Ambassades et accepte aussi toutes les réceptions officielles nécessaires pour promouvoir ce qui est , à cette époque, le gouvernement de la France.

Départ pour l’Amérique jean gabin simone simon départ pour l'amérique       

Place Pigalle , Mai 1944       place pigalle 16 mai 1944

 

          En dépit des contraintes, l’idéologie nouvelle reste fort discrète sur les écrans, même si les autorités Vichyssoises encouragent particulièrement les sujets « moraux », tels que : l’héroïsme, le travail, les saines vertus familiales et la vie au grand air. Mais à de rares exceptions près, les artistes français se garderont de collaborer. Ils travailleront en ignorant les allemands et ne montreront aucune complaisance suspecte pour les thèses national-socialistes. Il faut noter qu’aucun producteur et pas même la Continental n’a entrepris un film à la gloire de l’Allemagne hitlérienne. La poursuite de l’activité professionnelle n’excluera d’ailleurs pas l’engagement patriotique puisque Jacques Becker, Jean Grémillon, Louis Daquin, Jean Painlevé et le comédien Pierre Blanchar créeront clandestinement en 1944 un comité de libération du cinéma français.

       

          Pour Raimu , il n’est pas question de quitter la cannebière et sa chère ville de Marseille ou Joséphine Baker chante pour les blessés de guerre. Pour Joséphine Baker, se sera son dernier spectacle avant de rejoindre un réseau de résistance en Dordogne, puis de filer au Portugal et en Afrique du Nord ou elle s’engagera dans les forces françaises libres.

  Raymu,  » La fille du puisatier » 1filledu_modifie-1          

          1941, pour les chanteurs, c’est un peu la même chose. A Paris, Charles Trenet et Edith Piaf font leur grande rentrée. Deux artistes qui ne s’aimaient pas beaucoup mais qui se voyaient assez régulièrement. Charles Trenet chantait à l’ABC et Piaf venait le voir à la fin du spectacle, l’embrassait on lui disant « Toi, vraiment , tu es admirable , tu es le plus professionnel des amateurs » ce que Trenet n’appréciait guère. Charles Trenet à travaillé intensément pendant toute la guerre.          

          Tino Rossi, lui, avait la réputation de chanteur de charme. A sa vue, les femmes se pâmaient , se couchaient devant sa voiture , l’attendait devant sa chambre d’hôtel. Arletty l’avait surnommé « le chanteur en guimauve ». Il eut une aventure tumultueuse avec l’actrice Mireille Balin aussi belle que dédaigneuse. A la demande de Tino Rossi, Charles Trenet lui composa une chanson  plutôt patriotique qui s’intitulait « quand tu reverras ton clocher », ce qui était plutôt amusant quand on sait que par la suite , Tino Rossi clamât à qui voulait bien l’entendre que la Corse ne devrait plus être Française mais Italienne et qui faisait l’apologie des idées Fascistes. Du témoignage de ceux qui l’ont connu à l’époque , il s’agissait là , plutôt de bêtise que d’idéologie propre car il n’avait pas la réputation d’avoir inventé l’eau tiède.            

          A cette époque, il y a une radio qui depuis l’occupation est devenue le symbole de la radio du Maréchal, c’est-à-dire la radio de Vichy qui s’appelle « Radio Paris », où viennent chanter régulièrement des chanteurs comme Maurice Chevalier et Fernandel. Cette radio est en concurrence direct avec une autre , « Radio Londres » qui émet depuis cette ville et sur laquelle officie un certain Pierre Dac, qui ne se gêne pas pour dénoncer la collaboration. Il faut dire que dans le music-hall, les artistes se sont quand même pas mal compromis et cette période a été bénit pour Tino Rossi et pour Fernandel. On ne peut pas dire que Fernandel se soit vautré dans la collaboration mais son exemple n’était pas ce qu’il y avait de plus noble pendant cette période. Tous les jours, il va déjeuner au cercle allemand et quand on lui demande pourquoi, il répond tout simplement « parce que c’est bon ». Et puis Alfred Greven, le grand manitou du cinéma, adore Fernandel. Greven souhaite que son poulain devienne le grand comique Européen de demain. Alors il l’invite dans les meilleurs restaurants, lui propose des rôles, d’augmenter ses cachets et de mettre en scène ses propres films. Évidemment , avec tous ces projets, le brave Fernandel la la  tête qui tourne. l'héritier des mondésir          

          En septembre 1941, sort en même temps le premier film de Fernandel produit par la Continentale et l’exposition « Le juif et la France ». Le public boudera cette exposition, par contre, plus d’un million de français se bousculeront pour voir le film « Le Juif Suss ».   Ce film emblématique du cinéma anti-sémite des nazis, conçu et produit à la demande de Göebels, bénéficiera d’un budget publicitaire colossal. Ce sera le seul film allemand qui remplira les salles. Pour les films Français , on voit des queues à n’en plus finir, des recettes qui explosent , des distributeurs aux anges qui engrangent 441 millions de francs en 1941. Le cinéma n’a jamais été en aussi bonne santé. En termes commerciaux, c’est incontestable, les salles de cinéma , les cabarets, sont pleins, les librairies sont dévalisées. Les privations alimentaires qui étaient devenues le soucis premier des français furent comblées par le besoin d’évasion que représentait , le cinéma, la lecture et les divertissements du Music-hall.

L’exposition : Le juif et la France exposition anti-sémite, les juifs dans le cinéma français          

        Charles Trenet obtient un vif succès avec la sortie du film « La romance de Paris ». Il y avait un métier très difficile à exercer dans cette période troublée, c’était le métier d’ouvreuse. En effet, les séances commençaient par des actualités qui étaient directement contrôlées par les Allemands et les français ne supportaient pas. C’était donc un moment très chahuté, on poussait des cris , on sifflait etc.…ce qui a déplu aux autorités , tant allemandes que Vichyssoises. Il a donc été imposé que dans toutes les salles, on passe les actualités en pleine lumière, pour que l’on puisse repérer les agitateurs et c’est bien entendu les ouvreuses qui étaient chargées de relever les noms de ceux-ci. A regarder les actualités de Vichy, on a l’impression que toute la France est derrière le Maréchal. Cependant, ce n’est pas représentatif de l’opinion publique car voyant leur situation se détériorer, la plupart des français ne sont plus Maréchalistes mais Attentistes.          

          La plupart des artistes, comme la plupart des français, vont évoluer, ils peuvent êtres sincèrement Maréchaliste, Pétainistes, Vichyste au début et sincèrement , sans que ce soit pour autant de l’opportunisme, plutôt résistants et Gaullistes à la fin mais ils peuvent êtres surtout, très contradictoires dans leurs têtes. Cette contradiction, Jean-Paul Sartre la résumera parfaitement quand il dira «  me comprendra-t-on si je dis à la fois que l’occupation était intolérable et que nous nous en accommodions fort bien ». C’est vrai qu’il s’en accommodera fort bien en faisant éditer ses écrits , en faisant jouer ses pièces. Même chose pour Simone de Beauvoir, qui produira sur Radio Paris, une série consacrée à l’histoire du Music-hall.          

          Puis il y a eu ce que l’on a appelé « la collaboration horizontale » . Certaines femmes, que les français appelaient à l’époque « les Saucisses » , se sont acoquinées avec des soldats ou des officiers Allemands. C’est-ce qui vaudra à l’actrice Arletty d’être inquiétée à la libération. En effet , par l’intermédiaire d’une de ses amis, Josée Laval, qui n’est autre que la fille de Laval, le premier ministre de Pétain, elle fera connaissance d’ un officier de la Luftwaffe, Hans Jürgen Soehring. Le couple devient un symbole de cette collaboration horizontale qui s’affiche de plus en plus dans Paris.

Arrivée de prisonniers au Gaumont Palace Guerre 1939-1945. Arrivée de prisonniers français au Gaumont-Palace. Paris, 22 avril 1945.          

          Sur les ondes, c’est la guerre entre Radio Paris et Radio Londres. Radio Paris, qui était avant guerre une radio populaire, est devenu la radio de Vichy sur laquelle on passe des émissions produites par les français, de divertissements sélectionnés , entrecoupées de propagande Vichyssoise. Le journal collabo « Je suis partout » dénonce, je cite : « le théâtre enjuivé de Guitry » et pose la question : Monsieur Moi, est-il juif ?. Et de causes à effets , les allemands demandent à Guitry, des justificatifs prouvant qu’il n’est pas juif. Guitry catastrophé, se met en chasse de certificats de baptêmes, d’actes de mariage et d’extraits de naissance. D’autre part, il n’arrive toujours pas à mettre la main sur le certificat de baptême de sa grand-mère. Pour la Kommandantur, ces preuves suffiront, pour d’autres, le problème Guitry n’est toujours pas réglé.

Sacha Guitry acha guitry          

          Au printemps 42, la collaboration s’intensifie. Laval propose au Reich des ouvriers français, crée la milice et dorénavant , le port de l’étoile jaune est obligatoire pour tous les juifs. Alors qu’il se rendait au studio, Sacha Guitry croise Michel Simon avec l’étoile jaune à la boutonnière alors qu’il n’est pas juif. Incroyable Michel Simon, pourquoi lui, le fils d’un charcutier protestant de Genève, arbore t-il l’étoile jaune. Par goût de la provocation ? Comme il le faisait déjà dans son enfance quand il se promenait dans les rues de Genève avec une chaussure noire et une jaune. Pour rentrer dans un rôle ? Ou pour marquer son refus de voir des gens marqués comme des bêtes ? Nul ne le sait. Même Sacha Guitry n’obtiendra pas de réponse lorsqu’il lui posera la question. Michel Simon ne sera pas le seul à porter l’étoile jaune. Quelques uns , par solidarité ou par provocation , la porteront avec des variantes et un sens de l’humour qui en emmènera certain en déportation , des étoiles avec comme inscriptions, des choses de ce genre : Zazou, Auvergnat, Goï, Swing 42 etc.…Un libraire afficha en vitrine le livre « les misérables » avec à gauche un portrait d’Hitler et à droite celui de Mussolini.

Michel Simon

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          En juillet 42, plus de 13000 juifs sont rassemblés au Veld’hiv puis dirigés vers Drancy d’où partira le premier convoi vers les camps de la mort. Avec cette initiative, Vichy ouvre aux Nazis, les portes de la déportation massive et de la solution finale. A cette époque, au claridge ou il a table ouverte, Tino rossi dîne avec son ami Corse et Gestapiste Léandri et il exprime clairement ses opinions. Au moment de l’épuration, le maître d’hôtel du Claridge Témoignera : « Tino Rossi a tenu des propos nettement anti-Français, il clamait que la Corse devait devenir Italienne et faisait l’apologie du Fascisme » et selon l’auteur Pierre Barillet : « Il était très sot, il était même d’une grande connerie ». Voilà qui entache un peu l’image de l’interprète de « Petit Papa Noël ».           L’actrice Danièle Darrieux vit une histoire d’amour avec Porfirio Rubirosa, un diplomate dominicain qu’elle épouse. A Berlin , où il séjournait, le grand séducteur vient de se faire arrêter pour une pseudo histoire d’espionnage. Elle décide de joindre les autorités Allemandes et c’est ainsi que Danièle Darrieux qui n’avait aucune envie de participer à ce voyage, se retrouve propulsée au printemps 42 dans ce que l’on appellera plus tard, le train de la honte. Sous le signe de l’art, un train s’apprête à partir pour l’Allemagne. Dans ce train, Albert Préjean, Suzy Delair, Danièle Darrieux, Juni Astor, Viviane Romance, répondant à l’invitation du Docteur Karl Fröhlich, Président de la corporation du cinéma Allemand. Ils furent les hôtes de leurs camarades des studios de Vienne, de Munich et de Berlin. Danièle Darrieux qui ne semble pas aussi enthousiaste que ses camarades est inquiète. Elle a passé un deal avec les allemands, en échange de sa présence dans ce voyage, elle a négocié la libération de son mari. Après la libération de Rubirosa , le couple s’envolera pour les Alpes où il restera à l’abri jusqu’à la fin de la guerre.          

          Charles Trenet part chanter en Allemagne ainsi qu’Edith Piaf. Par contre, le chanteur Fernandel ne part pas. En revanche , l’acteur Fernandel continue de tourner énormément pour la Continentale avec une cohérence qui l’honore , il ne tourne que des navets.

Charles Trenet

Charles Trenet, chanteur et compositeur français, et Corinne Luchaire. Paris, mars 1941          

          Harry Baur était un acteur adoré de l’avant guerre et d’une humanité extraordinaire. Il était à l’apogée de sa popularité en France au début de la guerre. Il a travaillé pour la Continentale , comme beaucoup d’autres comédiens. Il était d’origine Alsacienne catholique mais on le soupçonnait à l’époque d’être juif. Il est allé tourner en Allemagne, les nazis l’ont laissé terminer le film et celui-ci à peine terminé, ils l’ont renvoyé à Paris où il a été arrêté et enfermé à la prison du cherche midi, torturé, et ils l’ont relâché au moment où il était pratiquement mort. A ses obsèques, seuls quelques courageux sont venus car personne n’osait y aller. C’est un des grands drames de l’occupation dans le monde des artistes.          

          Une campagne de délation est lancée par Alain Laubreaux, obsédé par la chasse aux juifs et aux homosexuels, contre Jean Cocteau et Jean Marais. Suite à un article de Laubreaux dans un journal, Jean Marais est allé l’attendre à la sortie d’un restaurant et  lui a violemment cassé la figure.           

          Robert Huges Lambert, un acteur amateur qui a été pris pour jouer le rôle de Mermoz grâce à sa ressemblance avec celui-ci, ne fait pas l’unanimité sur le plateau. On le trouve trop efféminé. Mais surtout, cette acteur est homosexuel et a une relation avec un officier allemand. Il sera arrêté et envoyé d’abord à Compiègne, c’est une catastrophe pour la production car le film n’est pas terminé. Elle engage alors un remplaçant qui sera filmé de dos et envoie une équipe pour la prise de son de ses dialogues. Un Perchman prendra ses répliques par-dessus la clôture où il est prisonnier Il sera ensuite transféré à Buchenwald où il mourra. A la projection du film , personne ne s‘étonne vraiment de l‘absence du premier rôle et la production n‘a jamais levé le petit doigt pour le faire libérer.

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          Sur la Nationale 7, Charles Trenet roule vers le Sud pour se faire oublier des résistants qui le trouvent trop Maréchaliste et aussi des collabos qui voient en lui un clown Judéo Américain. Quand à Maurice Chevalier, qui vit avec une danseuse d’origine juive, il a senti le vent tourner. Après avoir chanté pour les prisonniers en Allemagne et pour les troupes de Vichy en Tunisie, il quitte Paris lui aussi pour aller planter des haricots à la campagne. C’est une époque fascinante parce que les artistes se sont trouvés confrontés à des choix philosophiques, cela a été des choix de conscience, tous n’ont pas basculés du même côté, mais aucun n’a eut une attitude cohérente de A à Z.            

          A Paris, l’activité littéraire est en pleine effervescence. Sacha Guitry dédicace son livre sur l’histoire de France intitulé «  De Jeanne D’arc à Pétain ». Pétain, à qui Guitry envoie son livre en demandant une photo dédicacée. Mais le 29 mars 1943, un voile d’angoisse submerge Guitry. Son grand ami , l’écrivain Tristan Bernard vient de se faire arrêter avec sa femme à cause de leurs origines juives. Pour tenter de le faire libérer auprès de ses connaissances allemandes, Guitry demande à Arletty de l’accompagner. Elle plaide sa cause en disant que Tristan Bernard est un grand philosophe Français. Dès le lendemain, Tristan Bernard est libéré sans que Guitry est eu à intervenir et uniquement grâce à l’intervention d’Arletty. Guitry ira se vanter que c’est grâce à lui et uniquement lui. Arletty prend la mouche et rompt tout rapport avec Guitry alors qu’elle fait sa rentrée théâtrale aux bouffes Parisiennes. A la première de ses représentations, elle s’est faite siffler à cause de sa liaison avec un officier Allemand, les gens n’aimaient pas cela. Étant ce que l’on appel un tempérament, elle répliquera : « Vraiment , on voit que le public n’a pas le sens de la collaboration ». Après avoir tourné les visiteurs du soir avec Carné et Prévert, Arletty tourne de nouveau avec eux dans les enfants du paradis. Malgré les offres alléchantes, elle refusera systématiquement de tourner pour la firme allemande, la Continentale. Sur le plateau, elle n’est pas au mieux, elle est enceinte de son officier allemand et se fera avorter pendant le tournage. . Elle apprend que l’ex de Tino Rossi, Mireille Balin, est, elle aussi tombé amoureuse d’un officier Allemand, elle dira avec beaucoup d’humour : «  on devrait faire un syndicat ».        

           La continentale ne produit pas que les « nanars » de Tino Rossi ou de Fernandel , elle produit aussi Le corbeau de Clouzot. Ce film, qui est un film très noir décrit comment un médecin, nouveau venu dans une petite ville, est immédiatement en proie aux dénonciations d’un corbeau qui l’accuse de tas de choses. On croit tenir l’auteur de ses lettres anonymes et d’autres se manifestent et l’on s’aperçoit que le village entier est infesté de corbeaux. Ce film, par des moyens détournés, décrit très bien ce que pouvait être le comportement de certains Français pendant l’occupation.

 

Guerrre 1939-1945. Soldaten Kino, salle de cinéma pour les Allemands. Paris, mars 1943        

            Le 6 janvier 1944, Philippe Henriot, surnommé le Göebels français , est nommé responsable de l’information et de la propagande de Vichy. Pendant que celui-ci déverse son discours collabo sur Radio Paris, Pierre Dac , sur Radio Londres, lui tire le portrait : « Le roi des salauds , ressemble à Hitler, Hitler au Furher et le Fuhrer à Henriot. Ce qui fait qu’en fin de compte, le roi des salauds, ressemble à Henriot comme deux gouttes d’eau ». Si dans le milieu du cinéma, on constate que peu de têtes d’affiches ce sont engagés dans la résistance, il n’en n’est pas de même pour bons nombre de jeunes acteurs et techniciens anonymes. Celui qui a payé le plus lourd tribut c’est le jeune comédien Robert Lynen. Engagé dans le réseau « Alliance », il est arrêté, torturé puis déporté en Allemagne où il sera fusillé. Il avait 23 ans.            

           Il y avait des réceptions a l’ambassade d’Allemagne, on invitait les acteurs de la Comédie Française. La plupart d’entre eux essayaient de se défiler, ils n’y allaient pas avec enthousiasme. Mais au bout de deux ou trois invitations, on sentait que ce n’était plus des invitations mais des ordres. En mars 1944, on rend hommage à Berlioz au Trocadéro. Malgré l’imminence du débarquement, les spectacles continuent.            

          A la libération, Arletty séjournera quelques semaines en prison, sera en liberté surveillée pendant 18 mois et aura une interdiction d’exercer son métier pendant 3 ans. Sacha Guitry sera arrêté chez lui un matin et emmener un robe de chambre et en chaussons, puis sera libéré au bout de deux mois pour raison de santé et faute de preuves de sa collaboration. Arrêté à la sortie de son tour de chant au moulin Rouge le 7 octobre 1944, Tino Rossi est accusé d’avoir chanté pour la légion des volontaires Français. Quelques semaines plus tard, le chanteur sera libéré avec des excuses officielles. Devant cette parodie de Justice, l’écrivain Monterland s’exaspère : « sur le demi cadavre d’une nation avilie, la France va retourner à sa belote et à Tino Rossi ». En 1953, Tino Rossi sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Pour Charles Trenet, dix mois d’interdiction professionnelle infligée par les comités d’épuration, pour avoir chanté à l’Ambassade d’Allemagne alors qu’aucune sanction n’est infligé à Edith piaf qui s’est produite pourtant au même endroit et dans les mêmes conditions. Quand à Fernandel, et bien il est passé à travers les mailles du filet. Pour échapper aux comité d’épuration, Maurice Chevalier disparaît plusieurs mois. A la surprise générale, protégé par Louis Aragon pour des raisons qui échappent à tout le monde, il réapparaît au cimetière du Père Lachaise, derrière Paul Héluard et Picasso, dans une cérémonie organisée par le Parti Communiste. Et dans la foulée, Londres lui ayant refusé son visa, il convoque les caméras Anglaise pour tenter de se justifier de son attitude pendant la guerre. Après être parti en tournée sous la protection de Vichy en Amérique du Sud, Louis Jouvet revient à Paris en véritable héros de la résistance avec les félicitations du Général De Gaulle. Mais les faveurs du Général vont surtout à sa chère Joséphine Baker qui elle, l’a suivit dès le début des hostilités. En uniforme lui aussi, Jean Marais fait son retour avec la deuxième DB du général Leclerc dans laquelle il vient de s’engager. A Paris, on fête le retour de Jean Gabin, fraîchement décoré de la croix de guerre. Un Gabin qui a maintenant les cheveux blancs.          

13 Réponses à “LES ARTISTES PENDANT L’OCCUPATION (par Eric Fournaire)”

  1. JACQUES CHESNEL dit :

    j’ai connu cette période (de mes 12 à 16 ans) en province et je confirme tout ce qui a été écrit ici

    • aufildelhistoire dit :

      Merci à vous tout d’abord d’avoir lu cet article et d’avoir pris le temps de le commenter mon but avec ce blog étant de partager avec les autres mes centres d’intérêts et d’échanger les différents points de vue.

  2. David G. dit :

    Merci pour cet article très intéressant !

    • aufildelhistoire dit :

      Merci à vous pour l’avoir lu et content que cela vous ai satisfait

      • mathieu dit :

        merci de votre article . j ouvre les yeux sur des artistes qui étaient pour moi « des grands » . il y a une comédienne qui a beaucoup tournée sous vichy. BLANCHETTE BRUNOY.

        • aufildelhistoire dit :

          Merci à vous pour ce commentaire et aussi pour l’information sur cette actrice « Blanchette Brunoy » que je connais mais sur laquelle je n’avais pas de renseignements, bonne journée à vous

  3. Jonathan. A dit :

    Je suis à la fois ravi et déçu. Ravi par la richesse d’informations de votre article et à la fois déçu du comportement de certains artistes comme Fernandel. Vous m’avez ouvert les yeux sur beaucoup d’artiste très décevant au vues de leurs comportements et que j’avais tendance à idéaliser. Merci pour vos infos .

    • aufildelhistoire dit :

      Merci à vous, j’ai eu la même réaction que vous en me documentant sur ce sujet bien que pour certains artistes j’étais déjà informé, comme pour Tino Rossi et Arletty. Pour Fernandel, cela ne m’a pas trop surpris car j’avais vu un documentaire sur Bourvil qui racontait le tournage de « la cuisine au beurre » et il apparaissait qu’il n’était pas très sympathique donc pendant cette période de l’occupation le fait qu’il ait été opportuniste n’est pas très étonnant.

      • aufildelhistoire dit :

        bonjour et merci pour votre commentaire. Pour tino Rossi cela a été mentionné quelques fois mais discrètement car cela faisait un peu « tache » que l’interprète de « Petit Papa Noël » soit un peu démystifié mais au dire de certains des gens du métier , je cite « il était plus bête que méchant » je l’ai entendu dire plusieurs fois dans plusieurs documentaires. Pour Arletty en revanche c’était différent et elle ne s’en est pas caché et s’est justifié en disant qu’elle était tombé amoureuse en disant cette phrase qui la caractérise :  » Mon coeur est français mais mon cul est international »

  4. philippe bestetti dit :

    Combien d’artistes ont pris le maquis ?
    ceux d’aujourd’hui n’ont sûrement pas changé pour beaucoup d’entre eux.
    La vision de l’artiste est donc, soit collaborer avec le plus fort ou se sauver comme un lièvre pourchassé.
    il serait bon d’enquêter et de trouver des artistes réellement restants par des actions même infimes et pas de dernière heure.

  5. harik dit :

    Bonjour est ce possible que selon votre texte que en Hiver 1940, pendant que la France patauge dans le froid, on s’amuse bien dans les bunkers de la ligne Maginot avec l’irrésistible « Fernandel », tous en chœurs avec la patriote « Joséphine Baker ». Beaucoup d’artiste sont mobilisés pour aller soutenir le moral des troupes sur la ligne Maginot et le célèbre Momo national (Maurice Chevalier) nous sert ses plus belles rengaines. Puis en quelques jours, les troupes allemandes enfoncent les lignes Françaises et se ruent sur Paris. Juin 1940.
    Cela est impossible car L’armistice fut signer le 22 juin 1940 en été et que la france était pour moitié en zone dite occupée et en particularité l,est et une partie du nord ou ce situe la ligne maginot.
    Ce que vous évoquiez dans votre est donc faux concernant la date

    • aufildelhistoire dit :

      bonjour
      j’ai bien lu votre commentaire et je vous en remercie. Mais je ne vois pas ou est le problème car effectivement l’armistice s’est passé le 22 juin 40 mais l’hiver dont je parle se situe en début d’année, mais en relisant plus scrupuleusement l’article je pense savoir ce qui vous gêne, c’est le « Juin 40″ que j’ai mis en fin de phrase qui effectivement porte à confusion et défini la fin de cette période et la signature de l’armistice. Méa culpa, je me suis mal exprimé et je vais rectifier de suite mais il ne s’agit pas d’une erreur de date mais plutôt de texte, toutes mes excuses.

    • aufildelhistoire dit :

      Re-bonjour,
      En fait, j’ai été pour modifier l’article suite à votre commentaire, mais j’ai bien regardé, le « Juin 40″ est le début de la phrase complète qui suit, c’est-à-dire « Juin 40, la France a été battue par les Allemands » je pense que vous avez pris le point qui est juste avant pour une virgule, la phrase est donc correcte et il n’y'a pas d’erreur. Désolé pour la longueur de ma réponse mais il y’a longtemps que j’ai écrit cet article et je ne l’avais plus en tête dans les détails , il a donc fallu que je vérifie.

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